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Mr. and Mrs.President
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La demande faite par le président
Bush risque de faire en sorte que les Palestiniens
retombent amoureux d'un dirigeant dont la cote de
popularité avait baissé jusqu'à environ 30%. Dans le conte bien
connu Les Habits neufs de l'empereur, c'est un
enfant qui voit et affirme bien haut que le roi s'est
fait emberlificoter et qu'il marche nu dans la rue. La
semaine dernière, dans le dernier épisode du feuilleton
du Moyen-Orient, c'est un président souvent accusé de
simplicité enfantine qui voit et affirme bien haut que
le monde s'est fait emberlificoter et qu'il marche à la
remorque d'un rusé terroriste.
Certes, le
discours du président George Bush - dans lequel celui-ci
demande l'élection de «nouveaux dirigeants» pour
amener la paix et la création d'un État palestinien -
ne produira pas les résultats escomptés du jour au
lendemain. Mais il constitue à tout le moins un
changement de paradigme dans un monde sens dessus dessous
qui refuse de reconnaître les échecs de Yasser Arafat
sur les plans politique et moral.
Quiconque a suivi les interventions du président Bush
avant et après les événements du 11 septembre ne peut
être surpris par le contenu de ce discours. En effet,
avant le 11 septembre, le président texan s'amusait à
jouer le flingueur solitaire en s'occupant de politique
étrangère à sa façon et à son gré. Depuis le 11
septembre, il a mis cet individualisme et ce caractère
pour le moins particulier au service d'un seul objectif:
l'éradication du terrorisme.
Soyons réalistes: c'est un objectif trop vaste pour
qu'on puisse espérer l'atteindre. La politique
étrangère du président Bush risque constamment
d'imploser, apparemment incapable de soutenir le poids de
sa propre surenchère. Le président Bush a été obligé
de faire des compromis, de reculer, de fermer les yeux
sur de grosses et périlleuses verrues qui défigurent
certains alliés précieux des États-Unis. Quoi qu'il en
soit, sa stratégie de «simplement dire non au
terrorisme» lui a servi de véritable boussole morale.
Il ne réussira peut-être pas à débarrasser le monde
de l'«axe du mal» (Iran, Irak, Corée du Nord), mais il
visera au moins une cible claire qui risquerait autrement
de lui échapper - et qui a d'ailleurs souvent échappé
à son astucieux et subtil prédécesseur, Bill Clinton.
Cette cible, cette clarté morale dont les États-Unis
ont grand besoin, ressort clairement dans le discours
prononcé la semaine dernière. Au bout de quelque deux
ans où ils ont choisi la terreur au lieu des
négociations - jouissant pourtant du soutien d'une
majorité de pays du monde malgré ce choix immoral -,
Yasser Arafat et les Palestiniens ont eu droit à la
condamnation claire d'un grand chef d'État. «J'appelle
le peuple palestinien à élire de nouveaux dirigeants,
des dirigeants qui ne se seront pas compromis par la
terreur, a annoncé le chef du monde libre. Les
dirigeants qui veulent participer au processus de paix
doivent montrer, par leurs actes, un soutien
indéfectible à ce processus.»
L'Europe et Kofi Annan
Les Européens et Kofi Annan, il fallait s'y attendre,
restent fidèles à Yasser Arafat. Après tout, Yasser
Arafat est un peu leur Frankenstein, un monstre qu'ils
ont financé et légitimé et qu'ils parrainent et
soutiennent toujours. La plupart des Palestiniens savent
que Yasser Arafat est un dictateur. La plupart des
Européens, eux, s'entêtent à le voir non pas comme
partie intégrante du problème, mais comme sa solution.
Mieux vaut blâmer les Israéliens comme victimes du
terrorisme que de reconnaître le rôle de Yasser Arafat
dans cette vaste période de terreur dont nous sommes
témoins - sans parler de l'échec du leader palestinien
à éloigner son peuple de la politique du jihad et de
l'attentat suicide pour le rallier plutôt autour de la
politique de la négociation et du compromis.
Il est évidemment dangereux de demander l'éviction d'un
dirigeant - ce que le président Bush a fait de façon
implicite, mais non explicite. Une telle demande risque
de faire en sorte que les Palestiniens retombent amoureux
d'un dirigeant dont la cote de popularité atteignait à
peine 30% avant le discours du président Bush. Mais il
se cache peut-être, derrière le défi lancé par
Washington, une grande occasion: celle d'accorder à
Yasser Arafat non pas une rétrogradation, mais une
promotion au «poste» de président symbolique des
Palestiniens. Tandis que quelqu'un d'autre sortirait des
rangs - un premier ministre démocratiquement élu et qui
ait, on ose l'espérer, davantage l'étoffe d'un chef
d'État.
En veillant à ce que Yasser Arafat ne soit pas évincé,
mais qu'il reçoive plutôt discrètement cette
promotion, on contourne l'épineux problème que
constituerait le choix des dirigeants palestiniens par
des étrangers. Bien des gens - tant le ministre
israélien d'extrême droite Natan Sharansky qu'un grand
nombre de Palestiniens modérés - sont d'avis que, sans
culture politique démocratique, les Palestiniens auront
toujours à endurer des dictateurs qui les exploitent. À
l'instar de Yasser Arafat, qui prend tant son peuple que
celui d'Israël pour de la chair à canon.
En procédant doucement à la promotion de Yasser Arafat
à un poste purement symbolique, il y a moyen de
contribuer à la relance du processus de paix. Les
Palestiniens pourraient en profiter pour se détacher
d'une culture fondée sur la haine et la terreur, et les
Israéliens pourraient saisir l'occasion de renouer avec
l'esprit de compromis qui a mené à la signature du
traité de paix avec l'Égypte en 1979 et permis l'amorce
des accords de paix d'Oslo. À l'heure actuelle, des
événements tragiques anéantissent souvent les plus
grands espoirs. Mais si, de manière magique ou
dramatique, cette poussée de l'extérieur relance les
négociations, nous devrons en remercier George W. Bush.
Le discours direct à l'américaine l'aura emporté une
fois de plus sur les éternels méandres des Européens.
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