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Mr. and Mrs.President
See How They Ran
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Photo: Reuters
Le
président Bush, qui examinait des documents avec
sa conseillère Karen Hughes, le 8 octobre 2001.
Depuis les attentats, les États-Unis ont
multiplié les ultimatums envers l'Irak et George
W. Bush a mis plusieurs pays dans le même bateau
avec son axe du mal. Ces menaces et comportements
pourraient-ils mener à des conflits ?
Le 11 septembre 2001, trois avions de ligne
accomplissent l'impossible : détournés par
des pirates de l'air, les deux premiers frappent
les tours jumelles du World Trade Center, à New
York, et l'autre s'écrase sur le Pentagone, à
Washington.
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Près de 3000 vies ont
pris fin; les États-Unis ont été secoués et
le monde entier a été attristé par la
tragédie. La perturbation a été d'une telle
ampleur qu'elle a transformé les relations
internationales, forcé le président américain
à changer l'agenda de son gouvernement et à
ordonner la réorganisation du colosse policier
qu'est le FBI.
Une telle catastrophe représente-t-elle un point
tournant historique ? A-t-elle
véritablement changé le monde ? Le
magazine Time a écrit l'an dernier que
les événements du 11 septembre «pourraient
être encore plus choquants que ceux de Pearl
Harbor.»
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Le
directeur du bureau montréalais du Centre Pearson pour
le maintien de la paix, Jocelyn Coulon, croit que
l'événement «peut devenir un point tournant, dans le
sens où les États-Unis et l'ensemble du monde ont
compris que les menaces asymétriques [comme le
terrorisme, NDLR] sont dangereuses.»
Même s'il considère qu'il faut du recul par rapport à
un événement historique, Gil Troy, professeur
d'histoire des États-Unis à l'université McGill,
abonde dans le même sens. «Étant donné la nature
catastrophique de l'événement et étant donné le
degré de destruction, il est difficile de ne pas penser
que c'est un point tournant», dit-il.
M. Troy estime que les attentats sont liés à la
question globale de l'islamisme et du terrorisme, qui se
sont tous deux développés pendant plusieurs décennies.
Selon lui, il est «difficile de croire que plus tard,
nous regarderons en arrière sans dire que c'est un point
tournant.»
Tous les historiens ne tiennent pas le même discours.
Greg Robinson, qui enseigne l'histoire des États-Unis à
Concordia, dit voir certains changements à l'échelle
mondiale. M. Robinson se trouvait en Europe au moment des
attentats, et il voit les choses avec une perspective
différente parce qu'il ne croit pas que les Européens
aient été aussi renversés que les Nord-Américains.
«Ça passera comme tout, lance l'historien. Je ne crois
pas que ce soit le grand tournant du siècle»,
ajoute-t-il, avant de décrire le 11 septembre 2001 comme
un «grand tremblement de terre.»
M. Coulon soutient que l'événement historique est
encore trop récent pour en saisir tout l'impact.
Si les attentats de 2001 n'ont pas tout changé, ils ont
quand même causé leur part de bouleversements.
La ministre d'État aux Relations internationales du
Québec, Louise Beaudoin, affirme que «ça implique un
réalignement géostratégique qui est quand même assez
spectaculaire», citant le rapprochement entre l'OTAN et
la Russie, ainsi que la fin des tensions entre les
parties est et ouest du globe.
En plus de changer la donne sur l'échiquier mondial, le
terrorisme prend-il la place de la guerre conventionnelle
et de l'arme nucléaire en tant que menace pour
l'humanité ?
Greg Robinson en doute. «Même si je parle en tant que
New-Yorkais qui a vu sa ville attaquée, je suis sûr
qu'il y a de plus grands dangers, dit-il. La menace
terroriste a été exagérée même si elle est
présente.»
«Les menaces classiques n'ont pas changé», souligne
pour sa part Jocelyn Coulon. «Ce genre de conflit existe
toujours.»
Le président de l'Observatoire sur les États-Unis de la
Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et
diplomatiques de l'UQAM, Louis Balthazar, explique que
«même si la menace [terroriste] existe, il ne s'est
rien passé de spectaculaire depuis les attentats.»
Le chercheur rappelle que les conséquences de ce danger
se font sentir. «Les Américains, qui se cherchaient un
paradigme, une cause à défendre depuis la fin de la
guerre froide, en ont trouvé un : la lutte au
terrorisme. On voit réapparaître les mêmes types de
comportements que pendant la guerre froide.»
Ces menaces et comportements pourraient-ils mener à des
conflits ? Les États-Unis ont multiplié les
ultimatums envers l'Irak et George W. Bush a mis
plusieurs pays dans le même bateau avec son axe du mal.
«Je déteste faire des prédictions, dit Gil Troy, mais
il est possible que d'ici quelques semaines ou quelques
mois, nous assistions à une guerre entre les États-Unis
et l'Irak. Ce sera un conflit conventionnel entre deux
pays. Je dirais que les vieilles guerres vont continuer
à faire partie de notre monde.»
Jocelyn Coulon note que l'éventuelle guerre contre
l'Irak est une affaire d'armes de destruction massive. Il
est d'ailleurs sceptique à propos de l'affrontement
militaire qui se profile. «Encore faut-il prouver le
lien entre l'Irak et le terrorisme», remarque-t-il.
Selon lui, plusieurs pays pourraient détenir ces armes.
«Est-ce qu'on leur fait tous la guerre ?», se
demande M. Coulon.
Gil Troy croit que la vraie question est de savoir si le
11 septembre est une anomalie malheureuse ou si cela
cadre dans quelque chose de plus grand.
En discutant des armes qui peuvent tomber sous la main
des terroristes, Charles-Philippe David, titulaire à la
Chaire Raoul-Dandurand, écrivait le 11 octobre 2001 dans
La Presse : «La menace que pose la diffusion
des armes biologiques peut ainsi s'avérer la
"peste" du XXIe siècle.»
Cette menace terroriste, est-elle permanente ?
«Si j'écrivais un livre ou un chapitre à propos du 11
septembre, je me demanderais où commencer l'histoire,
dit M. Troy. D'une certaine façon, il faut retourner aux
années 1970. Il faut commencer avec la montée de Yasser
Arafat et l'Organisation de libération de la Palestine,
avec la montée de la terreur en tant qu'arme. Il faut
regarder l'Ayatollah Khomeney en Iran et l'émergence de
l'islamisme [...] ça ne peut pas disparaître du jour au
lendemain», ajoute M. Troy, en rappelant que la menace
terroriste n'est pas apparue en 2001.
«Je déteste utiliser un mot comme
"permanent", mais je pense que ça vient de
loin et que c'est plus omniprésent que nous voudrions le
croire», martèle M. Troy, assurant que le terrorisme
est assez structuré pour continuer à exister malgré le
succès des opérations en Afghanistan.
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