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L'an 2001 s'annonçait
plutôt tranquille, mais quelques pirates de l'air se
sont chargés de changer la donne... Que nous réserve
2002? Désormais, les boules de cristal sont
embrumées... La Presse a interrogé
quelques analystes afin d'y voir plus clair. Appuyez sur le
bouton «rewind» et reculez de 12 mois. L'année 2000
tire à sa fin et les experts de tout crin interrogent le
ciel. Ils nous annoncent un brin de récession, quelques
turbulences dans les universités et une excellente
année pour les amateurs de rock. Pour le mois de
septembre, le calendrier des faits marquants sur la
scène internationale prévoit des élections
présidentielles en Biélorussie et des législatives en
Norvège.
La première année du XXIe siècle s'annonce
bien pépère. Erreur. Le 11 septembre, des terroristes
kamikazes détournent des avions pour foncer sur le World
Trade Center et le Pentagone. Le monde est sens dessus
dessous.
Les attentats ont mis de la brume dans les boules de
cristal. Si d'obscurs pirates de l'air ont pu anéantir
les symboles de la réussite américaine, c'est que
désormais, tout est possible. Cette année, l'art de la
prévision se porte bas... La Presse a néanmoins
interrogé quelques observateurs pour tenter de scruter
l'horizon de 2002. Voici un résumé de leurs propos.
Québec: des élections à l'horizon
Avec Christian Dufour,
chercheur à l'ENAP
Bernard Landry pourrait fort bien déclencher des
élections en 2002. Et même s'il décidait de reporter
le scrutin à l'année suivante, cette éventualité a
toutes les chances de colorer le calendrier politique au
cours des prochains mois.
Trois grands thèmes domineront le débat, croit M.
Dufour. D'abord, les fusions municipales: puisque Jean
Charest s'est engagé à démanteler les villes
fusionnées, le fonctionnement des nouvelles
municipalités aura un gros impact sur la politique
provinciale.
Ensuite, il y a la santé: ça reste le dossier le plus
sensible qui touche les gens de près. Enfin, dans la
foulée du 11 septembre, le débat sur l'équilibre entre
les libertés individuelles et la sécurité collective
deviendra de plus en plus important. En revanche, croit
M. Dufour, au cours de la prochaine campagne électorale,
la question nationale sera probablement refoulée à
l'arrière-plan: le contexte ne se prête pas à un
débat sur la souveraineté.
Plus que jamais, depuis le 11 septembre, l'évolution du
Québec dépend d'éléments sur lesquels nous n'avons
pas prise. Une récession soudaine due au dénouement de
la guerre antiterroriste, par exemple, créerait une
importante onde de choc au Québec. «Il est beaucoup
plus difficile qu'autrefois de prévoir ce qui va
arriver.»
Canada: la souveraineté effritée
Avec Jeffrey Simpson,
chroniqueur au Globe and Mail
Depuis plusieurs années, le Canada perd peu à peu sa
marge de manoeuvre, surtout dans le domaine économique.
Les attentats du 11 septembre ont fait déborder ce
phénomène dans d'autres champs. On assiste à
l'intégration des politiques des frontières. Il y a des
pressions en faveur d'une plus grande intégration
militaire avec les États-Unis, etc.
La souveraineté canadienne sera un enjeu crucial au
cours des mois qui viennent, dit Jeffrey Simpson. Si le
dollar canadien continue à perdre de la valeur, de plus
en plus de voix appelleront à adopter la devise
américaine. Une fois que l'on en arrivera à établir
une politique monétaire commune, la question des
structures politiques communes se posera inévitablement.
Peut-être pas tout de suite. Mais dans cinq ou 10 ans.
Mais LE débat numéro un qui préoccupera les Canadiens
cette année, c'est celui de la santé. Toutes les
provinces sont engagées dans une réflexion visant à
changer leur système de santé, dont les coûts sont
faramineux.
Jeffrey Simpson se risque à une autre prédiction: les
libéraux fédéraux saisiront l'occasion pour se
positionner comme des défenseurs du statu quo dans le
domaine de la santé et en faire l'enjeu principal des
prochaines élections fédérales.
États-Unis: les défis du président
Avec Gil Troy, professeur d'histoire
à l'Université McGill, spécialiste
de l'histoire moderne des États-Unis.
George W. Bush saura-t-il garder la popularité qu'il a
gagnée depuis les événements du 11 septembre?
Probable, mais pas sûr, dit Gil Troy.
M. Bush devra prendre des décisions déterminantes pour
son avenir politique. S'il décide d'attaquer d'autres
pays, comment le justifiera-t-il à l'opinion publique?
Jusqu'où peut-il aller sans s'aliéner son peuple?
Mais M. Bush pourrait aussi glisser sur des peaux de
banane qui échappent à son contrôle. Qu'arrivera-t-il
à la première grosse bavure militaire? Ou si les
terroristes réussissent un autre gros coup aux
États-Unis. Ou en cas de grosse récession. «Les
Américains pourraient finir par se demander ce que leur
président fait au Yémen ou au Soudan, au lieu de
s'occuper de l'économie de leur pays.»
En attendant, George W. Bush est en voie de se tailler
une place dans l'Histoire comme un président bien plus
résolu et efficace que son papa.
Guerre antiterroriste: et maintenant?
Avec James Hoge, directeur
de la revue américaine Foreign Affairs
Le terrorisme ne sera jamais éradiqué à 100%, mais sa
portée peut être considérablement limitée, croit
James Hoge. Pour y arriver, les États-Unis devront
continuer à démanteler les cellules d'Al-Qaeda en
Afghanistan et ailleurs dans le monde.
M. Hoge ne s'attend pas à de nouvelles actions
militaires d'envergure, après l'Afghanistan. Une attaque
massive contre l'Irak serait difficile à faire accepter
aux alliés actuels des États-Unis. Des interventions
discrètes pourraient avoir lieu dans des pays dotés
d'appareils étatiques déficients, comme la Somalie, les
Philippines ou le Yémen. Mais comme on l'a vu dans ce
dernier pays, le soin de démanteler les réseaux
terroristes serait d'abord confié aux gouvernements
locaux.
Une fois la guerre contre les talibans définitivement
gagnée, la campagne antiterroriste mettrait davantage
l'accent sur des opérations policières, les échanges
de renseignements, la sécurité.
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