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Mr. and Mrs.President
See How They Ran
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«Ce n'est pas le moment de
perdre son aplomb», avait dit le premier ministre
Margaret Thatcher à son ami George Bush - le premier -
au moment où ils formaient une coalition internationale
durant la crise du golfe Persique en 1990. Un sondage mené à
la suite des catastrophes de mardi a révélé que 94
pour cent des répondants sont en faveur d'un combat
militaire. C'est donc dire que le peuple américain a
envoyé à son président inexpérimenté le même
message: «Ne perdez pas votre aplomb!»
Aucun président américain n'avait fait face à une
crise aussi grave en politique étrangère si tôt après
son entrée en fonction depuis l'époque tendue de la
guerre froide sous John F. Kennedy. Il est probable que
George W. Bush ait déjà vécu le moment déterminant de
sa présidence seulement huit mois et demi après son
investiture. Les défis qu'il doit relever sont immenses.
Il doit dorénavant naviguer à travers un impénétrable
maquis d'analyses et de stratégies en matière de
sécurité nationale pour mettre sur pied une opération
appropriée et efficace en réponse à ces actes
terroristes. Il doit entraîner son armée à mener en
maître l'attaque contre un ennemi difficile à
atteindre, comme doit le faire tout pays qui tente de
traquer des individus dépravés. Il doit aider la nation
à équilibrer les besoins en matière de sécurité et
les libertés civiques, les libertés fondamentales et
les contraintes auxquelles il doit se soumettre. Et il
doit diriger une nation encore sous le choc,
traumatisée, terrifiée et indignée.
Kennedy et Reagan
En vérité, George W. Bush n'est pas Jack Kennedy - il
n'est pas non plus Ronald Reagan. En avril 1961, lorsque
John F. Kennedy organisa l'invasion bâclée de Cuba dans
la baie des Cochons, trois mois seulement après le
début de sa présidence, son charme et son éloquence
suffirent à sauver la mise. Kennedy assuma toute la
responsabilité de la débâcle. «Selon un vieux dicton,
la victoire est l'enfant d'une centaine de pères et la
défaite est orpheline», dit JFK en introduisant
l'expression. «Je suis le fonctionnaire responsable de
cette administration.» L'emploi de l'épigramme pour
gouverner lui fut utile. Il fut acclamé pour son
courage. Sa popularité augmenta de 83%. «Seigneur, je
suis aussi populaire que Ike», s'exclama Kennedy en
parlant avec ironie de son populaire mais passif
prédécesseur, Dwight Eisenhower. «Plus vous commettez
d'erreurs, plus ils vous apprécient.»
Trente-cinq ans plus tard, lorsque la navette spatiale
Challenger explosa en plein ciel, Ronald Reagan releva le
défi avec éloquence. Dans son discours à la mémoire
des sept astronautes décédés, il rassura la nation et
se servit de la terrible tragédie pour fabriquer une
histoire de force patriotique et de salut. «Ces êtres
qui vous étaient si chers étaient braves et audacieux
et ils avaient une grâce extraordinaire,» dit Reagan
aux familles et à toute la nation, «cet esprit
particulier qui dit: Donnez-moi un défi et je le
relèverai avec joie.»
George W. Bush n'est pas un orateur né. Le discours
qu'il a prononcé mardi soir n'avait rien de mémorable.
Il ne tenait pas de l'épigramme comme celui de Kennedy,
ni du lyrisme comme celui de Reagan. George W. Bush
n'avait pas l'air très à l'aise. Il ne s'est pas
montré à la hauteur de la situation. W. était
inconsistant tandis que Rudolph Giuliani, le maire de New
York, était calme. W. était prosaïque tandis que
l'interprétation spontanée de l'hymne national par le
Congrès était sublime.
Malgré tout, son discours était acceptable. Il a
confirmé à la nation et au monde entier que le
gouvernement américain continuait à fonctionner. Il a
éclipsé le souvenir de Bush sillonnant le ciel
américain à bord de l'appareil Air Force One à la
recherche d'un lieu sûr. Il a remis le président là
où il doit être, à la Maison-Blanche. Le président
Bush a parlé aux Américains, dans leur langue. Et il a
été très clair - tout autant que les événements de
la journée - à savoir que les bons pourchasseraient les
méchants. Les Américains, peuple averti s'il en est un,
ont pourtant un faible pour la politique simpliste. Ils
voulaient entendre que leur monde n'était pas sens
dessus dessous. Bush a parlé du mal quatre fois dans son
discours de 584 mots. «Aucun d'entre nous n'oubliera
jamais ce jour,» a-t-il dit, «mais il est de notre
devoir de défendre la liberté et tout ce qui est bon et
juste dans notre monde.»
Ceux dont la pensée est plus européenne auront tendance
à rejeter tout ce verbiage. Mais cette extravagance
oratoire est l'expression du patriotisme et du
nationalisme américains. Et, à titre de grand prêtre
de l'univers politique américain, ce président
contemporain doit donner à son peuple ce que ce dernier
demande.
Depuis mardi dernier, Bush a commencé à fournir aux
Américains certaines images qu'ils ont besoin de voir.
Mercredi, il s'est rendu au Pentagone. Jeudi, il a rendu
visite à quelques victimes à l'hôpital. Il a mobilisé
son épouse afin de renforcer le message d'un commandant
en chef calme et compatissant à la barre.
Bien sûr, ce sont les actes, et non les paroles, qui
donneront la véritable mesure du succès de Bush - et
qui formeront ce qu'il laissera en héritage. De plus, il
est question ici d'un marathon et non d'un sprint. Le
carnage de mardi exige une réaction efficace et
puissante. Bush doit déclarer la guerre au terrorisme -
et la gagner. Il doit rester fidèle à sa déclaration
selon laquelle «nous ne ferons pas de distinction entre
les terroristes qui ont commis ces actes et ceux qui les
abritent». Il doit effacer de la surface de la terre ce
cancer qu'est le terrorisme et demander l'aide du Canada,
de la France, de l'Angleterre et d'autres alliés clés
dans ce combat.
Depuis déjà trop longtemps, trop de pays ont facilité
l'activité terroriste. Trop de pays ont fermé les yeux
sur les terroristes qui vivaient et complotaient à
l'intérieur de leurs frontières. Trop de pays ont
implicitement appuyé les terroristes en acceptant leur
raisonnement et en légitimant leurs intérêts plutôt
que de les répudier sans ambiguïté. Trop de pays ont
continué à faire des affaires avec l'Iraq, l'Iran, la
Syrie, la Libye et d'autres nations qui soutiennent les
organisations terroristes. Trop de pays ont collaboré à
la transformation illusoire de Yasser Arafat, le père du
terrorisme moderne, en lauréat du prix Nobel de la paix.
Il est temps que tout cela cesse.
Un immense pouvoir dans les mains d'un seul homme
George W. Bush a la chance d'être entouré d'experts en
politique étrangère. Le vice-président Richard Cheney
et le secrétaire d'État Colin Powell ont gagné leurs
épaulettes durant la guerre du Golfe. Le secrétaire de
la défense Donald Rumsfeld évolue au sein du parti
républicain depuis l'époque de Richard Nixon.
Cependant, George W. Bush doit aussi diriger ses
conseillers - et ne pas sembler être dirigé par eux. Il
doit prouver aux Américains - et au monde entier - qu'il
est bel et bien le patron et non un régent.
La présidence des États-Unis est une institution un peu
particulière. Un immense pouvoir et une grande majesté
sont accordés à un seul individu. Un pays démocratique
qui craint la centralisation de l'autorité et qui s'est
rebellé contre la monarchie compte sur un seul
super-héros pour le secourir, surtout en temps de crise.
Dès l'élaboration de la Constitution, le peuple
américain s'est attendu à ce que son président
représente la nation et toutes ses vertus. Un
demi-siècle s'est écoulé depuis la présidence de
Franklin D. Roosevelt et les attentes de la population à
l'égard de leur président se sont multipliées et
intensifiées.
Le président George W. Bush - et le peuple américain -
ont été victimes d'une agression historique. Tant le
président que son peuple sont confrontés à un défi
sans précédent. Le peuple américain s'est dit prêt à
porter ce fardeau, à payer le prix, à demander justice
pour les milliers de gens tués sans raison par la
Faucheuse terroriste du 21e siècle. Les
démocrates comme les républicains, les libéraux comme
les conservateurs, tous réclament de leur président
qu'il fasse preuve de détermination, qu'il obtienne des
résultats, qu'il règle le plus épineux problème qui
soit. Mardi matin, la présidence a cessé d'être une
partie de plaisir. George W. Bush doit maintenant
s'acquitter de sa vraie tâche de président.
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