| Newspaper
and Journal Articles-Quoted Newspaper and
Journal Articles-Written
Main
Mr. and Mrs.President
See How They Ran
|
Au moment où larmée
américaine cherche des cibles militaires, et que la
sécurité dans les aéroports se resserre, il devient de
plus en plus clair que la lutte contre le terrorisme
passe par lespionnage. Le secret quont pu
maintenir les kamikazes sur le complot du 11 septembre a
une cause fondamentale: le manque dinformateurs
dans les réseaux terroristes. «Laction de
la CIA a été entravée à cause de son implication dans
des actions douteuses», estime Gil Troy, professeur
dhistoire à lUniversité McGill. «Dans les
années soixante-dix, après des révélations sur ses
complots contre Fidel Castro et dautres dirigeants
étrangers, elle sest vu interdire les assassinats.
Puis, dans les années quatre-vingt-dix, des associations
avec des personnages peu recommandables ont été
dévoilées; cétait trop pour la sensibilité des
Américains.»
Les coupes budgétaires nont pas aidé. Cette
semaine, le Globe and Mail révélait que le
Service canadien du renseignement de sécurité
sest défait de nombreuses sources dans la
communauté islamique pour économiser de largent.
Son budget est passé de 245 à 180 millions en moins de
10 ans. De plus, personne parmi la douzaine dagents
du bureau islamique du SCRS ne parlerait ou lirait
larabe, selon le quotidien torontois.
Pendant ce temps, la CIA se débarrassait elle aussi de
nombreux informateurs, un millier selon des quotidiens
américains. Cette purge faisait suite à une révision
importante de la moralité de ses sources. Celles ayant
commis des crimes, ou faisant fi des droits de
lhomme en sadonnant, par exemple, à la
torture, nont été conservées que si leurs
informations étaient vitales. Cette révision était
liée à une nouvelle directive, mise en place fin 1995,
qui obligeait les agents de terrain à consulter leur
supérieur avant dengager un informateur au passé
sanglant.
Cette directive a été adoptée à cause des efforts
dune avocate et dun sénateur américains.
Lavocate, Jennifer Harbury, était mariée à un
guérillero guatémaltèque nommé Efrain Bamaca
Velasquez, disparu en 1992. Deux ans auparavant,
lassassinat dun Américain, gérant dun
hôtel dans ce pays dAmérique centrale, Michael
deVine, avait fait beaucoup de bruit. Convaincue que le
gouvernement américain, protecteur du régime militaire
guatémaltèque, cachait des informations sur ces deux
cas, Me Harbury a harcelé le Congrès, le
Sénat et le département dÉtat, allant
jusquà faire une grève de la faim dun mois
fin 1994.
Au même moment, un obscur fonctionnaire du département
dÉtat contactait Robert Torricelli, un député du
New Jersey qui était membre du comité de renseignement
du Congrès, pour lui révéler une information
explosive: la CIA savait qui était le meurtrier de
Velasquez et deVine, un officier guatémaltèque nommé
Julio Roberto Alpirez. Mieux encore, le colonel Alpirez
recevait jusquà tout récemment 40 000$ par année
de la CIA en tant quinformateur.
Robert Torricelli a dénoncé laffaire au Congrès
en mars 1995. Le tollé a obligé la CIA à changer ses
pratiques. Et en novembre 1996, M. Torricelli était élu
au Sénat à lissue dune campagne coûteuse
dont un slogan important insistait sur sa «défense
dune veuve contre la communauté du
renseignement». Le fonctionnaire, qui a dévoilé les
magouilles de la CIA, a dû démissionner du département
dÉtat après que la CIA leut dépouillé de
ses autorisations de sécurité.
Chameau piégé
Cette semaine, la CIA a affirmé que jamais un de ses
cadres navait refusé à un de ses agents
lembauche dun informateur membre dun
groupe terroriste. Le sénateur Torricelli sest
aussi défendu davoir insufflé une aversion du
risque aux espions américains. «Le sénateur comprend
que des personnages douteux peuvent être utiles comme
informateurs», a dit vendredi sa porte parole, Debra
DeShong, en entrevue avec La Presse de Washington.
Les appels à une embauche massive de terroristes
délateurs, qui résonnent cette semaine, tranchent
toutefois avec le ton des articles de 1995. À
lépoque, un agent de la CIA expliquait dans le
magazine Time son malaise face au comportement de
ses élèves afghans, à qui il enseignait la guérilla
dans les années quatre-vingt. Une des règles de base,
disait-il, est déviter de tuer des innocents.
«Je leur répétais souvent, racontait lagent
secret: «Nutilisez jamais des voitures
piégées.» Mais je navais pas pensé aux chameaux
piégés. Un jour, lun dentre eux a fait
exploser une bombe cachée sur un chameau dans un
marché. Douze personnes étaient mortes, et pas
seulement des soldats soviétiques. Les combattants de la
liberté daujourdhui sont les monstres de
demain.»
|