La nécessaire solidarité

Brigitte Breton
Le Soleil

La Presse, Le jeudi 13 septembre 2001

Newspaper and Journal Articles-Quoted

Newspaper and Journal Articles-Written

Main

Mr. and Mrs.President

See How They Ran

Un « acte de guerre ». « L’équivalent » d’un acte de guerre. Le type d’attentat qui a frappé les États-Unis et bouleversé l’Occident commande une approche et un vocabulaire nouveaux. La meilleure façon de combattre l’ennemi demeure cependant la même que celle éprouvée au fil des siècles : l’union des forces.

Aussi puissants soient-ils, ou croyaient-ils l’être, les États-Unis doivent s’associer à d’autres pour gagner cette nouvelle forme de guerre dont on ignore toujours avec certitude l’ennemi et ses visées.

Depuis les tristes événements de mardi à New York et à Washington, tous les pays savent que nul n’est à l’abri du terrorisme. Ils ont aussi constaté avec consternation que des gens sont prêts à sacrifier leur vie et celle de milliers d’innocents pour assouvir leur haine et mettre leur ennemi à genoux.

Les attentats meurtriers ont suscité des témoignages de compassion à travers le monde. Le Canada, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Chine et la Russie ont notamment condamné les actes terroristes. Le président russe, Vladimir Poutine, a invité pour sa part la communauté internationale à lutter contre la « peste du XXIe siècle ».

Hier, le conseil permanent de l’OTAN a examiné ce que pourrait être une riposte commune. Face à l’horreur, alliés et ennemis d’hier sont prêts à aider le puissant devenu victime.

« Les démocraties sont difficiles à mettre en colère, mais une fois qu’elles le sont, elles répliquent avec force et efficacité », soulignait mardi avec justesse Gil Troy, professeur d’histoire américaine à l’Université McGill.

Cela ne veut pas dire que la communauté internationale se liguera aveuglément à côté des États-Unis. Secoués et émus par les images apocalyptiques de New York et de Washington, le premier réflexe des gens est évidemment de vouloir faire la guerre à l’ennemi. Mais lorsque la poussière sera retombée, les citoyens devront forcément se demander jusqu’où ils sont prêts à aller pour combattre l’ennemi.

Accepteront-ils que leur pays consacre plus d’argent pour la défense nationale et les services de renseignements ? Peuvent-ils vraiment cautionner que plus de fonds publics soient investis pour des technologies et de l’artillerie sophistiquée lorsque les meurtriers de mardi ont sévi avec des couteaux et des lames de rasoir ?

L’honnête citoyen est-il prêt à devenir un suspect potentiel, à se soumettre à des fouilles systématiques, à circuler moins librement d’un pays à l’autre et à sacrifier ses droits et libertés ?

Nous ne pouvons capituler devant le terrorisme, mais il faut éviter de glisser vers des chasses aux sorcières. La tentation peut être grande pour certains pays de profiter de l’occasion pour augmenter le pouvoir militaire et policier.

La tragédie américaine a clairement démontré par ailleurs qu’il ne fallait négliger aucun scénario. Les terroristes ont frappé en Amérique en piratant des avions civils et en détruisant des immeubles bondés. Ils auraient pu opter pour des armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques. Le décompte des victimes aurait été sans doute encore plus catastrophique.

Avant de sortir l’arsenal lourd et tout régenter pour se venger, il faut également réfléchir sur les causes profondes du terrorisme. Ce n’est pas un luxe dans les circonstances que chaque pays, surtout les États-Unis, médite sur sa politique étrangère.

A-t-on vraiment tout fait pour favoriser la paix dans les coins déchirés du monde ? Avant de fourbir les armes, la question se pose.


Web Design-B.K. Goodmam-2002-03