La riposte américaine risque d'être foudroyante «C'est l'équivalent de Pearl Harbor»

Alexandre Sirois et Marie-Claude Malboeuf

La Presse, Le mercredi 12 septembre 2001

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«C'est une déclaration de guerre. Si vous êtes la cible d'une attaque aussi destructrice, vous devez trouver les terroristes et les détruire. C'est, je pense, ce que les États-Unis vont faire», croit Harold Waller, spécialiste de la politique américaine à l'Université McGill.

Les États-Unis riposteront de façon foudroyante contre l'attaque terroriste qui a saccagé leur capitale et leur métropole. C'est la prédiction des historiens et politicologues, pour qui l'attaque d'hier est ni plus ni moins qu'une déclaration de guerre.

«Pour les Américains, cette attaque sera l'équivalent du bombardement de Pearl Harbor (qui a provoqué l'entrée des États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale). Résultat: les États-Unis vont se mobiliser pour faire la guerre au terrorisme, peu importe où il se trouve», estime le professeur Harold Waller, spécialiste de la politique américaine et de la politique israélienne à l'Université McGill. Ce ne sera certainement pas terminé en quelques jours.»

«Au lendemain du bombardement de Pearl Harbor (par les Japonais en 1941), les Américains étaient tellement choqués que même ceux qui ne voulaient pas faire la guerre se sont mobilisés», rappelle de son côté Michel Pratt, qui enseigne l'histoire des États-Unis au collège de Maisonneuve.

«En 1962, Kennedy était prêt à déclencher l'alerte nucléaire simplement parce que Cuba fabriquait des armes nucléaires, sans qu'aucune attaque ait été lancée. Là, imaginez-vous, ce n'est pas une menace théorique, c'est arrivé», souligne encore le professeur, qui évoque aussi les représailles ayant suivi les actes terroristes perpétrés par la Libye, au milieu des années 1980.

Cette fois, tout peut se produire, avance le professeur Waller. «C'est une déclaration de guerre. Si vous êtes la cible d'une attaque aussi destructrice, vous devez trouver les terroristes et les détruire. C'est, je pense, ce que les États-Unis vont faire.»

Si un État est derrière les terroristes, «on peut s'attendre à une riposte militaire d'envergure», déclare pour sa part Marcel Belleau, chercheur à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM. «J'imagine que la riposte va être à la mesure de l'identification des auteurs», dit-il.

Alimenter la soif de vengeance permettrait aussi au président George Bush de «dévier les attaques politiques», analyse M. Pratt, et de remettre à plus tard les questions sur les défaillances de la CIA et de la sécurité aéroportuaire. «Bush a intérêt à canaliser l'agressivité de la population», dit-il. Quant aux auteurs des attaques, M. Waller imagine qu'il s'agit de terroristes islamistes, ceux-ci ayant déjà frappé plusieurs cibles américaines (le World Trade Center, les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, un navire américain à Aden). «Il s'agissait hier de la plus importante, de la mieux coordonnée et de la plus effrayante de toutes les attaques, mais je pense que ça s'inscrit dans la même démarche», dit-il.

Pourquoi les terroristes islamistes ciblent-ils aussi souvent les États-Unis? «Je crois qu'ils sont convaincus que l'Amérique est le grand Satan, l'ennemi, et ils sont prêts à faire tout ce qu'ils peuvent pour attaquer le pays qui, estiment-ils, s'en prend constamment à leurs valeurs.»

Même son de cloche du côté de Gil Troy, professeur d'histoire américaine à l'Université McGill. «Je suis Américain et je sens qu'il s'agit d'une attaque personnelle contre moi et mon pays», a indiqué le professeur originaire de New York. «Les démocraties sont difficiles à mettre en colère, mais une fois qu'elles le sont, elles répliquent avec force et efficacité. C'est difficile pour moi d'imaginer que les États-Unis ne vont pas réagir, qu'ils vont tolérer ça.»

M. Troy prédit qu'on verra de plus en plus d'attentats de ce type et qu'on s'intéressera moins aux guerres entre États. «Je suis très préoccupé, très fâché et très effrayé. C'est une arrivée très malheureuse au 21e siècle, ça ressemble à une arrivée en enfer...»

Chose certaine, les États-Unis n'ont jamais vécu un tel chaos en temps de paix. «Autant de cibles frappées à la fois, c'est du jamais vu, dit M. Pratt. Et jamais n'avait-on fermé tout l'espace aérien depuis la Deuxième Guerre mondiale.»


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